Karaté-Dô

Le Karaté est un art profondément guerrier. Il a connu une longue maturation entre le XVIIème Siècle et les années 1940, à savoir entre l’invasion d’Okinawa par le Clan Satsuma et la vague d’impérialisme et de nationalisme nippons dans le Sud-Est asiatique.

Maître Gichin FUNAKOSHI, considéré (probablement à tort) comme le « Père du Karaté moderne », y voyait surtout et à l’instar du Dr Jigoro KANÔ (fondateur du Judô), un outil d’Education sociale devant permettre à l’Homme de devenir meilleur qu’il ne l’est.
Son fils Yoshitaka, dit Gigo, ou encore « Waka Senseï » (le jeune maître), a réorienté la pratique vers le combat, avec une finalité plus martiale. Il est le réel fondateur du style Shotokan.

Le suffixe « Dô » renvoie au Budô, la Voie de la guerre (improprement traduit par « arts martiaux »). L’idée est de souligner qu’à travers la pratique, le Karatéka doit suivre un cheminement personnel, spirituel et dépasser le stade primaire, aller au-delà de l’aspect purement utilitaire de l’art martial. Le Karaté-Dô doit permettre d’atteindre, avec soi-même et avec les autres, une certaine harmonie.

Sur le plan technique :

Le Karatedô (ou Karaté-Dô) est une discipline de combat pragmatique.
Il permet au pratiquant d’utiliser toutes les armes naturelles de son corps (tête, coudes, poings, mains ouvertes, genoux, pieds, etc.) à l’encontre des points vitaux ou de faiblesse de l’assaillant.
En Karaté traditionnel, on cherche l’efficacité sur une technique dite « décisive » ; c’est la notion de shimeï (littéralement « coup mortel »).
Il est très difficile de neutraliser un agresseur sur un seul coup, de fait, lorsqu’il effectue un enchaînement, le karatéka doit porter chaque technique comme si elle devait être la seule ! Le Karatedô est très inspiré de l’Art du Sabre de style Jigen-Ryû et dans une certaine mesure du Iaï Dô (l’Art de couper au moment de dégainer).
D’ailleurs, une autre notion de cette discipline indigène est «Te Gatana » (la main comme le sabre).

L Shutoïse F

Contrairement au Karaté sportif et de compétition, le Karatedô permet de frapper à tous les niveaux du corps, y compris aux jambes ! Il fait aussi appel à la science des clés et des projections. Il n’est pas pour autant question pour le karateka de faire un usage « gratuit » de son savoir. Le deuxième précepte édicté par Maître FUNAKOSHI est d’ailleurs : « Karatedô ni sente nashi » (Il n’y a pas de première attaque en Karatedô) ! Ce qui peut néanmoins être interprété de différentes façons…

Dans notre Ecole, nous travaillons la plupart du temps sans protections. Effectivement, combattre avec protections amène à développer des réflexes nuisibles et artificialise la confrontation. Nous travaillons au contact, ce qui signifie que les coups contrôlés sont portés. Nous estimons en effet qu’il est nécessaire de familiariser le pratiquant à la réalité du combat : apprendre à gérer ses craintes, renforcer son corps et encaisser les coups. Bien entendu, cette approche est progressive. Il ne s’agit ni de faire peur aux gens ni encore moins de détruire son corps. Le travail se fait par paliers, en fonction des morphotypes, des appréhensions et du temps de pratique de chacun(e).

Un cours traditionnel typique se déroule en plusieurs étapes et comprend généralement des phases d’apprentissage très codifiées comme :

• les kihon (techniques effectuées dans le « vide », en déplacements ou les kata (combats contre plusieurs adversaires que l’on visualise) ;
• les ippon, sambon ou gohon kumite (combats conventionnels contre un ou plusieurs adversaires sur un, trois ou cinq pas)

Mais aussi des phases sans techniques prédéterminées :
• les jyu ippon kumite et les jyu kumite (combats non conventionnels ou « libres » contre un ou plusieurs adversaires, sur une seule ou plusieurs techniques)

L’objectif est d’assimiler un bagage technique le plus étayé possible. L’entraînement permet ainsi d’intégrer des automatismes et de développer des capacités dans différentes formes de combat, allant du corps à corps au travail au sol.